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Table ronde : le féminisme dans la pop-culture est-il politique ?

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Le 25 mai dernier, Les Intelloes participaient à une table ronde organisée par le mouvement politique Génération.s sur le féminisme dans la pop-culture. 

Bar Paul et Rimbaud dans le 11ème arrondissement de Paris. Entre les tables et les rangées de livres baignées par une lumière tamisée, le public s’installe. Les intervenantes, Ann-Laure Bourgeois, fondatrice des Intelloes et Mymy, podcasteuse et journaliste pour le magazine Madmoizelle s’apprêtent à prendre la parole.

Le féminisme dans la pop-culture c’est quoi ?

Les deux jeunes femmes tombent d’accord sur le fait que les outils numériques, notamment les réseaux sociaux, ont permis une expansion du féminisme. Même si ce n’est pas toujours facile d’être un média inspirant.

Ann-Laure réagit : « C’est compliqué d’avoir un média qui ne traite que de questions féministes. Il faut souvent l’enrober avec quelque chose de sexy ou de joli. La sexualité peut être une porte d’entrée. Il est également nécessaire de mettre en avant des chanteuses ou des écrivaines qui parlent à un plus grand nombre. »

Des personnalités peuvent devenir des modèlesselon Mymy et incarnent ce féminisme dans la pop-culture: « Il faut montrer la diversité des hommes et des femmes avec des « role models » réels ou fictionnels pour sortir des codes genrés ».

 

Ann-Laure Bourgeois, fondatrice des Intelloes et Mymy Haegel, journaliste pour Madmoizelle

Ann-Laure Bourgeois, fondatrice des Intelloes et Mymy Haegel, journaliste pour Madmoizelle

Une démocratisation possible

Les récents magazines 2.0 ont donc permis de faire une vitrine au féminisme. Mais est-ce pour autant l’assurance d’un phénomène qui se voudrait universel ? Pas sûr. « ‘Féministe’ est encore un gros mot. Mais sa popularisation a augmenté sa visibilité. A l’époque, les discours de Simone de Beauvoir étaient très intellectuels. Grâce aux réseaux sociaux, les contenus sont plus accessibles même s’il reste des malentendus. Parce qu’il faut rester attentif à l’usage que l’on en fait. On peut très bien suivre des gens progressistes ou non, peu importe le type de sujet », analyse Ann-Laure.

Mymy renchérit en parlant de l’image parfois erronée des combats qui sont menés : « Le féminisme est plus médiatisé dans des combats qui sont considérés comme secondaires. Par exemple, les médias mettent en avant des luttes comme le manspreading qui n’est pas le cœur du féminisme. Cependant ça intrigue, et on en parle ». 

Les enjeux du féminisme pop en France

Une espèce de cercle vicieux en somme. Car si la démocratisation du féminisme permet de le mettre en avant, ce n’est pas toujours d’un manière positive. Surtout en France. « En France, le terme féministe est clivant. Quand tu essayes de percer dans un milieu, tu ne veux pas te mettre des gens à dos, tu la joues safe, tu ne te colles pas d’étiquette. J’étais curieuse de voir les répercussions du mouvement MeToo en France mais finalement les répercussions ont été moindres qu’aux Etat-Unis » réagit Mymy. Ann-Laure s’interroge alors sur la question d’un modèle français : « Est-ce qu’on pourrait vraiment avoir un chanteur par exemple qui prône à la fois son talent artistique et le combat des jeunes filles, les problèmes de racialisation ? En France on compartimente beaucoup les choses. Il y a une atmosphère élitiste qui fait que pour être crédible, il faut avoir lu des livres. »

L’importance des médias féministes

Comment alors sortir son épingle du jeu et faire bonne presse au féminisme dans la société française ? Les deux intervenantes résument leurs partis-pris.

« Le risque, c’est d’être déconnecté de ce que pensent réellement les gens » explique Ann-Laure. « On traite souvent les mêmes thèmes mais en tant que journalistes, notre défi est de rester neutre, de ne pas avoir un langage militant et de bien connaître nos sujets. Il faut comprendre les enjeux et les vulgariser. Il faut savoir garder les pieds sur terre ».

Mymy acquiesce : « On finit par s’entourer de gens que l’on n’a plus à convaincre. Il faut être vigilant sur ça et par exemple, proposer une sélection de robes d’été en mettant aussi en avant les grandes tailles. Ou offrir un sujet sur le plan cul en partant du principe que l’on n’est pas toutes hétéro. Par contre, il ne faut pas avoir peur de répéter les mêmes choses. On essaie de faire du B-A BA pour être une porte d’entrée sur le féminisme ».

Il faut donc avoir toujours à cœur d’éduquer sans oppresser. Le meilleur moyen pour une bonne sensibilisation.

C’est ce qu’explique Ann-Laure : « Nous sommes des médias, on permet aux gens d’avoir des connaissances et de rebondir. Je pense par exemple aux planches d’Emma sur la charge mentale». Mymy est d’accord : « Elle a pris un concept que la plupart des femmes ont vécu et elle y a mis un mot issu de la sociologie. Pourtant, elle a utilisé un format lisible et facile à partager. Les médias mettent sur la place publique des sujets auxquels les femmes pensaient dans leur coin en se disant « c’est la vie ».

Féminisme et avenir ?

Promu mais parfois limogé, le féminisme aurait-il toujours du mal à se faire une place au sein des mentalités ?

« La pédagogie sera essentielle. Je pense notamment aux professeurs en formation qui ont des cours de sociologie sur le genre, c’est tout bête mais ça commence comme ça. On réduira aussi les inégalités en mettant en lumière des symboles de sportives, de journalistes etc… Mymy rebondit : « Il existe une nouvelles générations d’adultes qui a le pouvoir de créer une société en étant acteurs du féminisme. Le mouvement naturel d’un processus, c’est d’aller vers le progressisme. Même si les défenseurs de l’immobilisme se manifesteront aussi, et qu’un retour en arrière est toujours possible ».

 

Héloïse Rakovsky

 

 

 

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