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France Carp : « Parlez de votre corps, vous pouvez le faire sans tabou et sans vulgarité ! »

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« Je l’ai écrit comme pour le raconter à un copain ou une copine ». France Carp, 57 ans, a écrit un livre qui raconte le corps des femmes à différents âges. 

Règles, première fois, maternité, ménopause… Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. France Carp, auteure et chroniqueuse raconte sans tabou et avec légèreté comment notre corps de femme traverse ces étapes.

Ecrit à deux voix, celle de France et des experts qui l’ont appuyée, cet ouvrage peut être lu comme un roman ou un essai.

L’auteure livre ses expériences de vie avec lucidité et sarcasme. Elle est amoureuse, mère, puis amante. Elle raconte comment elle franchit la puberté dans une société qui rejette les règles. Pour elle, la maternité a un prix et la vie sexuelle n’est pas toujours épanouie.

France Carp évoque aussi les hormones qui peuvent gâcher la vie des femmes. Ce sont tous ces sujets, universels mais parfois mal expliqués que France Carp aborde dans son livre. Entre autodérision et règlements de compte, elle s’adresse à nous, à elle-même, à toutes les femmes qui connaissent cette révolution intérieure. Interview.

 

Portrait de France Carp. Crédit: DR

Les Intelloes : Votre livre, Anatomie d’une femme épanouie, retrace les étapes de l’histoire de votre corps. Pensez-vous qu’il est possible aujourd’hui de parler sans tabou du corps des femmes à tous âges ?

France Carp : Cela n’est pas encore possible. Par exemple, on utilise toujours un vocabulaire particulier pour les règles: « ragnagnas », « mauvaise période ».

Elles sont considérées comme sales ou indiquent la fraîcheur d’une femme. Il en va de même pour la ménopause, qui reste un tabou. On ne peut pas dire qu’on a des bouffées de chaleur parce que cela signifiequ’on est en train de vieillir. Même si la parole se libère aujourd’hui, il reste encore des non-dits.

Vous racontez que votre mère vous a donné une gifle le jour de vos premières règles, une tradition. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette anecdote ? Qu’avez-vous ressenti ?

Ca voulait dire « c’est la dernière baffe que je te donne. Tu es une femme, tu n’es plus ma fille et tu dois te débrouiller. » La baffe est violente, c’est une forme de prise de conscience. Paf! Je dois passer à autre chose, je suis jetée dans le bain. C’est un passage initiatique, comme pour dire « réveille-toi ».

A votre avis, où se situent les règles dans la société actuelle ? Peut-on en parler librement ?

Je pense que les choses changent. D’ailleurs, la marque Nana est en train de faire une nouvelle campagne où les tampons seront tâchés d’encre rouge, et non plus de bleu.

Le bleu, c’était un fantasme pour édulcorer les règles. Aujourd’hui, les filles vivent beaucoup mieux cette période. Les tampons leur ont simplifié la vie, et elles l’acceptent.

Vous parlez du combat de votre mère en mai 68 aux côtés des militantes féministes. Mouvement MeToo, dénonciation du harcèlement, libération de la sexualité. Pourrait-on dire aujourd’hui que l’on assiste à un « Mai 2018 » ?

Le mouvement MeToo a été lancé par des femmes qui vivent à Hollywood, un monde fantasmé et brillant.

Il aurait été plus bénéfique que le mouvement vienne du peuple comme en Espagne ou en Irlande. Il faut que ça vienne d’en bas, et non de petites niches.

Nous venons toutes de mondes et de cultures différentes, mais il y a un socle sur lequel nous devons être d’accord : pas de viol, pas de harcèlement, les femmes apprennent à être libre. Les mères doivent éduquer leurs fils et leurs filles pour en faire des libres penseuses et penseurs.

Un passage de votre roman est consacré à votre baby blues… La maternité n’est donc pas rose pour toutes les mamans. Est-ce qu’on parle suffisamment des difficultés de la maternité ?

On ne nous dit pas à quel point le bébé est tout-puissant et prend toute la place.

Il accapare l’attention de la mère. C’est elle qui doit le tenir en vie, et c’est angoissant. Les femmes ne sont pas assez préparées à cela.

Le fait d’être garant de la vie de quelqu’un bouscule tout, y compris dans la vie du couple.

Dans votre livre, la sexualité est évoquée de manière simple et plutôt positive : votre première fois, votre amant… Comment devrait être abordée la sexualité des femmes ?

Beaucoup de choses ont changé, je le vois avec mon fils!  Les jeunes sont moins bridés dans leur rapport au masculin, moins genrés avec des schémas du type « moi je suis un garçon, toi t’es une fille ».

A mon époque, on avait peur de l’autre, parce que tout était tabou et caché. La première fois devait faire mal, il fallait aimer pour coucher, sinon on était une pute.

Votre corps se transforme à la ménopause. Les gens ont encore du mal à parler du vieillissement du corps en général. Quelle est la différence entre hommes et femmes à ce sujet ?

Là où on nous trompe, c’est que les hommes aiment bien les femmes plus âgées.

Les hommes sont très sensibles aux femmes cinquantenaires qui sont épanouies.

On a découvert les hormones très récemment, en 1905. Depuis, les hormones féminines ont fait l’objet de plus d’études que celles des hommes et on ne sait presque rien de l’andropause.

Mais surtout, les gens pensent que psychologiquement, la ménopause signe la fin de quelque chose.Dans notre société, la femme non fertile n’a plus d’intérêt. Hors, sa vie ne s’arrête pas à ce moment !

Quelle conclusion tirez-vous de ce journal hormonal de votre corps ? Peut-on finalement faire la paix avec cette enveloppe de chair que l’on supporte toute sa vie ?

C’était une expérience géniale ! Ecrire mon corps, c’est le ressentir. Et le ressentir c’est le faire parler.

Dans ce livre, mon corps n’est pas traduit. Il parle de lui-même à travers mes mots. Je voulais qu’il soit le vecteur d’autres corps des femmes, qu’elles se reconnaissent ou non.

A toutes les femmes, je voudrais dire : « parlez de votre corps, n’en ayez pas peur, vous pouvez le faire sans tabou et sans vulgarité ». Parler de son corps, c’est le libérer !

 

Héloïse Rakovsky

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