L'info sans-gêne

On a visité La Condomerie, le magasin de capotes engagé

Par  | 
Partagez !
A deux pas du fameux quartier rouge d’Amsterdam, les touristes se pressent face à une devanture plutôt atypique.

Le jour, certains osent entrer tandis qu’à la nuit tombée, des jeunes hommes, le nez contre la vitre du magasin fermé, tentent de mieux voir la dizaine de préservatifs suspendus au bout d’une pince à linge.

Quelques-uns d’entre eux arborent une tête de mort ou la trompe d’un éléphant malicieux. Avant de parler à l’élégant Theodoor van Boven, propriétaire de la boutique et cofondateur de l’entreprise, je me croirais bien devant l’une de ces boutiques un peu beaufs qui proposent des tabliers équipés de seins en plastique ou autre objet tendancieux.

300 sortes de préservatifs 

Cependant, La Condomerie est avant tout une boutique spécialisée en capotes et se présente comme la toute première… du monde. 300 sortes de protection sont proposées, issues de marques plus ou moins célèbres. Tailles, formes, allergies, sensations, parfums, préservatif féminin ou masculin… Les trois jeunes vendeurs présents conseillent très sérieusement les clients sur la protection la mieux adaptée, et l’objectif est avant tout de donner le choix au client. « Nous avons investi dans la recherche en partenariat avec l’Université d’Amsterdam pour prendre en compte la diversité des sexes masculins, explique Theodor van Boven. Les hommes se plaignaient des préservatifs et cela a pris plus de 20 ans pour changer les standards. » Selon Van Boven, les premières études démontrent que la circonférence moyenne d’un pénis s’élèverait à 12 cm, la plus petite étant de 4 cm et la plus élevée de 16 cm. Je remarque que des mètres sont mis à disposition dans la boutique pour se mesurer.

Des prix dérisoires

«  Une protection adaptée à la morphologie réduit les risques d’accident, explique le cofondateur en m’invitant à prendre un mètre. Et plus le rapport est long, plus une protection qui ne convient pas risque de s’abîmer. »

La boutique propose des préservatifs pour des circonférences allant de 9 à 14 cm. Les capotes classiques s’y achètent à un prix dérisoire, 14,25e pour une boîte de 144 unités. « Une sorte de pack familial », sourit Van Boven, qui voit aussi les prostituées du quartier rouge se fournir à la boutique. On trouve également à La Condomerie plus de 30 sortes de lubrifiants, à base de silicone ou d’eau, pour les peaux plus ou moins sensibles, les étreintes plus ou moins longues.

Si la boutique propose une gamme de produits aussi poussée, c’est qu’elle est née il y a quasiment 30 ans. « Lorsque nous avons commencé le business en avril 1987, le SIDA effrayait tout le monde, les gens en mouraient ! » explique Monsieur Van Boven.

IMG_1751.JPGTheodoor van Boven tenant l’emballage géant d’une marque de  préservatifs commerce équitable

Pas une maladie de gay

C’est un documentaire de la BBC de l’époque, dans lequel une infirmière rassurait des femmes d’ambulanciers inquiètes à l’idée que leur mari puisse être contaminé par le sang des blessés, qui a donné l’idée à Van Boven de donner naissance à la Condomerie. Cependant, il s’est effacé au profit des deux autres cofondatrices Marijke Vilijn et Ricky Jansen. « Je ne voulais pas que le fait qu’un homme ouvre cette boutique signifie que le SIDA est une maladie de gay ». Et pour le nom d’inspiration française? « Il parle à tout le monde ! Tout ce qu’on dit en français sonne bien, même sein et fesses sont jolis à entendre ! » rit Van Boven.

Conversation intime

En Côte d’Ivoire, où elle fait de la prévention contre le SIDA en partenariat avec des associations locales, La Condomerie a été rebaptisée La Capoterie. Elle est également engagée dans un projet avec la mairie d’Amsterdam, des associations et des clubs gays de la capitale néerlandaise. La Condomerie propose de la vente en gros et surtout en ligne.

« Cependant, c’est formidable que nous puissions avoir un contact direct avec le client grâce à la boutique », sourit le fondateur. Aujourd’hui cette dernière attire en moyenne 1,5 million de visiteurs par an. Pour devenir vendeur à la Condomerie, il fallait auparavant être âgé de 28 ans minimum. « La conversation avec un client peut très vite devenir intime, et il est indispensable que le vendeur garde une distance avec ce dernier. Mentalement et physiquement », précise Van Boven. Etes-vous gay ? Vous rasez-vous ? Connaissez-vous vos mensurations ? font partie des interrogations posées.

Une boutique similaire en France

Plus anonymement, il est possible depuis quelques jours de commander en ligne des tests pour détecter les MST et IST sur le site de La Condomerie. Le client peut venir le chercher en boutique, en donnant le numéro du test. « Le but est de soulager les gens le plus rapidement possible, commente Van Boven. Il faut aussi savoir que les femmes sont plus enclines à se protéger, à faire attention à leur corps, notamment avec le risque de grossesse.»

Dans le pays qui a célébré le premier mariage gay du monde et dont la législation en matière de sexe intrigue en Europe, La Condomerie est à elle seule une petite révolution du sexe protégé. En France, 30% des étudiants déclarait ne jamais mettre de préservatif en 2013. Cependant, une boutique similaire à La Condomerie a ouvert ses portes en 2005, Le Roi de la Capote. De quoi donner envie de renouer avec le latex…

******

LES PRODUIT LE PLUS POPULAIRE  DE LA BOUTIQUE, C’EST QUOI ?

« L’ennuyeux préservatif classique, désolé », s’excuse Van Boven. Cependant, celui qui brille dans le noir rencontrerait également un grand succès. 

ET LE PRESERVATIF FEMININ DANS TOUT CA ?

 « Les gens oublient complètement son existence ! » s’exclame Theodoor van Boven. La première génération de préservatifs féminins rebutait les utilisateurs parce qu’ils faisaient du bruit. Aujourd’hui, ils sont fabriqués en nitril et seraient « silencieux ».

 LES PLUS ORIGINAUX DE LA BOUTIQUE
  • Les préservatifs avec… applicateur. « Au cas où vous avez trop bu », sourit la vendeuse. Ou pour ceux qui ont deux mains gauches, oublie-t-elle de préciser. Compter 3,45e pour une boîte de 3.
  • Des capotes qui contiennent une gelée stimulant l’afflux du sang et maximisant ainsi la fermeté de l’organe. 6,93e la boîte de 4.
  • Ont aussi été repérés des préservatifs végans, issus du commerce équitable, des lubrifiants BIO, des produits « hydratants pour le vagin »…

Ann-Laure Bourgeois 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez !
Réduire