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« Couvrez ce sein, que je ne saurais voir » : notre dossier décolleté

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La mort du décolleté a récemment été annoncée. A l’heure où des personnalités l’arborent fièrement, les femmes mettraient celui-ci de côté par crainte du harcèlement. A cette occasion, Les Intelloes publient un dossier sur le sujet.

Marie-Antoinette, Kim Kardashian et Sophia Loren ont un truc en commun : sur toile, cliché ou sur Instagram, les décolletés de ces trois icônes ont marqué les esprits. Cependant, selon le magazine de mode britannique Vogue, l’ère des « boobs showers » (traduisez « exhibionnistes des seins ») est révolue.

« Les seins ne seront pas de sortie pour les mecs. Ni pour personne d’ailleurs », expliquait la journaliste Kathleen Baird-Murray dans son article du mois de novembre Desperately seeking Cleveage (cherche désespérément décolleté). L’absence de ce dernier dans les défilés de haute-couture serait révélatrice d’une tendance : les femmes préfèreraient exhiber leur ventre, leurs jambes ou leurs épaules de nos jours, par peur du harcèlement sur les réseaux sociaux selon le journal britannique The Telegraph.

Cette autocensure interpelle la journaliste et écrivain Sophie Fontanel. « Une tendance qui vient d’un tabou me dérange et m’interpelle », commente-t-elle.

Féminisme, politique et mode 

La Fabuleuse histoire du décolleté (à lire ici)  révèle que celui-ci est historiquement controversé, et intrinsèquement lié à des changements dans la société. Ainsi, féminisme, politique et mode se mêlent lorsqu’il s’agit d’épaules et de tétons. Cependant, l’apparition des silhouettes androgynes sur les podiums ces dernières années aurait gommé ce symbole de la féminité.

« La mode fait la guerre aux seins depuis des années. Les grands modèles des années 80 avaient de la poitrine, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Il y a beaucoup de vêtements que les femmes ne peuvent pas mettre parce qu’elles ont des seins. C’est absurde », analyse Sophie Fontanel.

Il est en effet pertinent de se demander si en déclarant la fin du décolleté, Vogue a pensé à cette partie non négligeable de la population féminine qui se procure des soutien-gorges en 90C ou 95D ? Dissimuler la naissance de ses seins peut d’un coup s’avérer c,ompliqué.

Florence Müller, conservatrice de la mode et du textile au Denver Art Museum, préfère nuancer. « La poitrine apparaît et disparaît dans les tendances. Cependant, la mode n’est pas opposée au décolleté. »

Des seins qui ne sont plus « bankable »

Pour l’auteure et réalisatrice Ovidie, une perte de pouvoir du décolleté au profit des fesses s’est opérée . « Les seins ont beaucoup moins de valeur érotique, et ce, même dans le milieu du porno. Ils ne sont plus aussi bankable. Les dernières générations d’actrice comme Sasha Grey ou Stoya ont très peu de poitrine ».

Pour illustrer ses propos, l’ancienne actrice X oppose le twerk de Nicki Minaj aux lolos de Jane Mansfield et cite la censure de Facebook. « Les femmes ont peur que leurs photos soient retirées, elles évitent donc de trop montrer leur poitrine ».

Pourtant, une bonne paire de tits a aussi servi d’arme de séduction politique. Tout en divisant les féministes. Au 19e siècle, Madeleine Pelletier, première femmes devenue interne en psychiatrie affirmait qu’elle « montrerait (ses seins) quand les hommes adopteront un pantalon découvrant leur (…) ». Près d’un siècle et quelques décennies plus tard, les Femens menaient toutes leurs actions coup de poing poitrine découverte. Exhiber pour lutter contre les stéréotypes, ou dissimuler pour plus d’égalité ? La question a de quoi diviser.

En décalage avec les codes de la société 

D’autant plus que le discours tenu (trop ?) souvent dans certains magazines féminins contribue à véhiculer l’image de femmes qui choisissent de « montrer » pour devenir objet de désir. Vous voulez séduire ? Un joli décolleté et le tour est joué ! titrait Cosmopolitan dans un article non daté. Ainsi, montrer une partie de ses seins dans certaines situations se révèle être en décalage avec les codes mis en place par la société.

« Il faut être suicidaire ou très gonflé, pour se pointer à un entretien d’embauche avec un décolleté. C’est prendre le risque d’être décrédibilisé dans les rapports sociaux », assure Ovidie. Son avis rejoint celui de Florence Müller : « Le décolleté est une forme de mode élitiste, seulement acceptée dans certains cercles Il n’est pas envisageable de se promener dans les rues Paris avec un décolleté très profond. Cela peut même s’avérer dangereux.».

Un choix vestimentaire codifié, et non accessible à toutes, donc. Bannir robes et tops échancrés de sa garde-robe contrasterait alors avec ce chiffre: en 2014, plus d’une Française sur 2 déclarait mettre la mode à profit pour le plaisir, « non pour se conformer à des codes sociaux » (sondage Ifop).

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Le décolleté dans l’actu

Pour visionner le microtrottoir sur le décolleté cliquez ici. 

Septembre 2016 : l’actrice Emily Ratajkowski qui se définit comme féministe, répond de façon cinglante à Tim Gunn, journaliste de mode, qui qualifie sa robe ultra-décolletée « d’incroyablement vulgaire et provocante ». Dans une série de tweets, l’actrice a déclaré qu’aujourd’hui, « il existait des invités à la télévision qui qualifiaient les femmes de ‘vulgaires’ parce qu’on voyait leur ventre ».

Tonight

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Janvier 2015, la jeune politicienne et mannequin danoise Nikita Klaestrup se pointait à une soirée de son parti avec un décolleté ultra plongeant. Sa photo a fait le tour du web.

Nikita Klæstrup au dîner de son parti en 2015

Nikita Klæstrup au dîner de son parti en 2015

 

Avril 2014 Une rumeur circule sur l’interdiction des décolletés faite par Ségolène Royal au sein de son Ministère de l’écologie. L’adepte des foulards a néanmoins démenti ces bruits de couloir.

Ségolène Royal

 

 

 

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